Carnet de route
Entre le Diable et Vénus : Trois jours de raid volcanique dans le Cantal
Le 04/06/2026 par Valérie Foresti
Nous n'avions que les 3 jours du long week-end de la Pentecôte pour découvrir le Cantal, plus grand stratovolcan d'Europe de 70 km de diamètre, heureusement endormi depuis 2 millions d'années. Un vieillard à côté des jeunôts de la Chaîne des Puys, âgés de seulement 7000 ans !
Il a fallu faire des choix. Et heureusement, nous avons fait les bons, quitte à revoir un peu nos plans.
Récit d'une itinérance entre géologie, crêtes sauvages et terroir auvergnat.
Étape 1 : Super-Lioran – Plomb du Cantal – Saint-Jacques-des-Blats
Le départ se fait depuis la station du Lioran pour attaquer directement la rude montée vers le Plomb du Cantal (1 855 m), point culminant du département et deuxième plus haut sommet du Massif central. De là-haut, la vue à 360° permet de mesurer immédiatement l'ampleur du dynamisme volcanique passé.
Les versants sont étonnement abrupts. Seuls les narcisses, jonquilles, anémones souffrées et les belles adoucissent ces pentes qui font la joie des VTTistes.
Pour la descente, nous choisissons de fuir les itinéraires classiques en empruntant la sauvage arête de l'Arpont du Diable.
L'ambiance y est superbe : le sentier plonge à travers des forêts de hêtres magnifiques, témoins de la richesse des sols volcaniques, et croise les ruines d'anciens burons, ces abris pastoraux en pierre volcanique aujourd'hui rendus à la nature.
Les genêts à balais nous enivrent de leur fragrance. Nous arrivons à temps au camping de Saint-Jacques-des-Blats où nous faisons connaissance d'un couple sympathique avec lequel nous partageons une bonne bouteille.
Étape 2 : Saint-Jacques-des-Blats – Puy Griou – Puy Mary – Buron d'Eylac
Le deuxième jour démarre tranquillement avec une montée en direction du Puy Griou (1 690 m). Sa forme pyramidale parfaite se détache nettement dans le ciel. La montée finale est raide et technique mais offre un panorama exceptionnel.
Nous restons ensuite en altitude pour basculer vers le mythique Puy Mary (1 783 m), classé Grand Site de France, abordé par son versant le plus escarpé et technique, avec le passage de la Brèche de Roland (et oui, Roland avait le don d'ubiquité et surtout le bras très long).
Les versants sont couverts de genêts, de bruyères et de... myrtilliers (note à moi-même : doubler le temps de parcours quand les fruits seront mûrs). Jamais vu autant !
Après l'effort, la descente s'effectue par le versant opposé, beaucoup plus facile, pour rejoindre d'abord le Pas de Peyrol, où nous prenons le temps de nous réhydrater, avant de descendre vers le replat du buron d'Eylac (environ 1 420 m) où nous installons le bivouac.
Les tentes sont nombreuses et nous faisons la connaissance de Leïla, infirmière nantaise, partie de Royan plusieurs semaines auparavant pour rejoindre Grasse et Nice via le GR4.
Ensemble, nous prenons le dîner au restaurant situé juste au-dessus du buron.
En effet, impossible de traverser ce terroir sans honorer sa table. Au programme, truffade (poêlée de pommes de terre à la tome fraîche de Cantal) accompagnée d'un verre de vin local. Une vraie communion montagnarde !
La nuit est douce. Bivouac 1 milliard d'étoiles !
Étape 3 : Buron d'Eylac – Puy de Peyre Arse – (Téton de Vénus) – Super-Lioran
Le final sur les lignes de crêtes.
Au petit matin, nous quittons les abords d'Eylac pour remonter directement sur le fil de l'arête. À cette occasion, nous croisons les marmottes auvergnates, espèce introduite dans le secteur.
Le sentier nous mène au Puy de Peyre Arse (1 806 m), l'un des plus hauts et des plus beaux belvédères du massif. En option pour les plus vaillants, le détour par le Téton de Vénus (1 669 m) complète magnifiquement la sortie avant d'entamer la descente finale qui nous ramène à notre point de départ à Super-Lioran, où nous prendons le temps de prendre un rafraîchissement et surtout pas mal de fromages à l'épicerie locale.
Le Coin du Géologue : Comprendre le Géant du Cantal
Pour les passionnés de sciences de la Terre du club, le Cantal est un livre de géophysique à ciel ouvert.
- Un stratovolcan XXL : Ce que nous avons traversé n'est pas une succession de petits volcans indépendants, mais les restes d'un seul et unique stratovolcan géant, actif principalement entre -13 et -3 millions d'années. Avec ses 70 km de diamètre, il dépasse largement l'Etna en superficie.
- L'énigme du Puy Griou : Contrairement au Plomb du Cantal qui est un reste de coulée de basalte, le Puy Griou est un dôme de phonolite. C'est une lave très visqueuse qui s'est accumulée sur place sans pouvoir couler, formant cette pyramide caractéristique que l'érosion glaciaire a ensuite dégagée.
- Une érosion dantesque : Le relief actuel en "étoile" (les vallées qui partent du centre vers la périphérie) est le résultat de gigantesques effondrements flanc par flanc, suivis par le rabotage des glaciers lors des dernières glaciations. Le Puy Mary et son profil aiguisé en sont le parfait exemple morphologique (un "horn" glaciaire).

